«Au client du magasin de jouets»

Rheann MacLaren landau roseAu client du magasin de jouets :

J’ai vu les regards que vous nous avez jetés aujourd’hui, à moi et à mon fils de trois ans. J’ai vu votre regard quand il a pris cette poussette rose et l’a promenée dans les couloirs du magasin, ivre de joie. Je vous ai vu avancer, les sourcils froncés, vers un enfant qui s’amusait juste avec un jouet.

Je vous ai écouté quand vous avez critiqué le jouet qu’il avait choisi.

«Oh, tu ne vas pas prendre ça, c’est pour les filles, pas les garçons ! C’est tout rose et girly. Il y a des petites voitures et des dinosaures dans ce rayon, pourquoi tu as choisi ce truc de filles ?»

C’est ce que vous êtes cru autorisé à dire à un petit enfant que vous n’aviez jamais rencontré. Je m’apprêtais à vous sauter sur le poil, vous remettre à votre place – mais mon fils a réagi en premier, et il vous a répondu bien mieux que je n’aurais pu le faire :

«Parce que je l’aime bien.»

C’est aussi simple que ça. Peu importe l’étiquette, la couleur ou l’apparence du jouet. La seule chose qui compte, c’est que mon enfant l’a vu, et a pensé qu’il serait rigolo de jouer avec. Il a poussé ce landau tout seul jusqu’à la maison, fier comme un coq, et il m’a expliqué comment il allait y installer sa poupée et l’emmener acheter du lait – parce que oui, quelle horreur, mon fils possède aussi une poupée. Ses jouets préférés sont les petites voitures, les camions, les bus… Il aime les dinosaures et les monstres. Il s’éclate quand il joue dehors dans la boue et les flaques. Mais parfois il aime jouer avec sa poupée et sa poussette, sa cuisinière et son fer à repasser en plastique. Il aime les jouets roses et me regarde avec fascination quand je me maquille.

Suis-je inquiète ? Non, pas le moins du monde. Mon enfant deviendra un garçon équilibré et tolérant qui ne ressentira JAMAIS la pression de se conformer aux stéréotypes de genre.

J’espère vraiment que vous avez vu comme il semblait heureux quand il est sorti du magasin avec sa poussette rose girly, et que vous réfléchirez à deux fois avant de ressortir ce genre de tirade à un inconnu.

 

Ce billet a été publié par Rheann MacLaren, mère britannique, sur Facebook. Il est ici traduit avec son autorisation.

«Mon fils de 4 ans est sexiste – à qui la faute ?»

«Mon fils est sexiste. Autant que peut l’être un enfant de 5 ans, du moins. Il a commencé à se conformer à de vieux stéréotypes du genre : le rose est pour les filles, Maman n’a pas le droit de jouer avec des figurines d’hommes, ce ne sont pas les filles qui conduisent les voitures (ou qui manipulent les armes en plastique, sans doute par peur de se casser un ongle), et, bien sûr, ce sont toujours les garçons qui sauvent le monde.»

Le père britannique qui écrit ceci est journaliste au Telegraph. Il se dit surpris de découvrir ces préjugés déjà bien ancrés chez son jeune enfant, et entame dans son article une intéressante réflexion sur leur provenance : comment le petit garçon en est-il arrivé là ? Qui l’a influencé ? L’école ? La télévision ? Et peut-être lui-même ?

Tout en s’efforçant d’inculquer l’égalité des genres à son fils depuis sa naissance, Tom Fordy reconnaît ne pas toujours donner le bon exemple. Et il se rend compte que les films qu’il montre à son fils sont outrageusement sexistes : dans Jurassic World, Owen «le mâle alpha baraqué» joue toujours le héros tandis que Claire «est à peine autorisée à conduire le pick-up». Que faire contre ça, à part bannir toute la production audiovisuelle de son éducation ?

«Vous avec beau dire à votre fils que « les filles peuvent aussi sauver le monde », s’il entend un autre son de cloche dans les livres, les les jeux et les films, leur message sera plus puissant.» Tom Fordy fait intervenir dans son article la psychologue Cordelia Fine pour expliquer que l’être humain se montre plus sensible aux «normes descriptives» – les comportements observés – qu’aux «normes injonctives» – les règles qu’on nous demande de suivre. Ainsi, on peut avoir du mal à empêcher les tout-petits de se laisser embobiner par le sexisme ambiant, mais il ne faut pas désespérer : «La réflexion des enfants devient plus flexible avec l’âge, et ils finissent souvent par se débarrasser des stéréotypes.» En attendant, leur parler de ces sujets aide à aiguiser leur esprit.

A lire : My four-year-old son is sexist – so who’s to blame? par Tom Fordy – The Telegraph (où cet article sur l’éducation des enfants est, bien sûr, classé dans la rubrique « Women »).